Vu dans la presse – Le monde


Les intellectuels sonnent l’alarme face à la catastrophe


Lors de la quatrième Nuit des idées destinée à faire « Face au présent », qui s’est tenue le 31 janvier, les penseurs du monde entier ont alerté sur le désastre écologique et la débâcle politique en cours. Pensée du déclin ou déclin de la pensée ?
Par Nicolas Truong • Publié le 10/02/2019 à 07h00, mis à jour à 18h43

Jusqu’au bout de la nuit. Les intellectuels auront parlé, pensé, échangé, du Caire à Paris, d’Astana à Ljubljana, d’Abidjan à Helsinki. Comme une danse au bord du gouffre, une ultime transe avant l’effondrement, une dernière cigarette avant l’Apocalypse. Car le climat est morose. Et l’humeur à l’alerte. Lors de la quatrième Nuit des idées, organisée par l’Institut français dans le monde entier, le 31 janvier, les intellectuels ont sonné l’alarme. Car nous sommes des « somnambules » accrochés à un modèle « complètement épuisé », déclare Philippe Descola, professeur au Collège de France, qui a ouvert le bal au Quai d’Orsay, le 31 janvier, lors d’un dialogue avec l’artiste Theaster Gates, professeur à l’université de Chicago.

« Un sentiment d’urgence, voire un certain catastrophisme, est palpable chez les intellectuels, qui nous disent qu’on va droit dans le mur et qu’il faut se prendre en main » Bénédicte de Montlaur, conseillère culturelle à New York pour l’ambassade de France

Toute la nuit, les Cassandre se sont donc relayées. Notamment aux Etats-Unis, où cinq manifestations ont été organisées, à Huston, Washington, Los Angeles, San Franscisco et à la Brooklyn Library de New York, sans conteste le plus grand événement, avec plus de 7 000 personnes présentes qui, de 19 heures à 7 heures du matin, ont suivi les débats, les performances et les films destinés à faire « face au présent », thème retenu pour l’édition 2019. « Un sentiment d’urgence, voire un certain catastrophisme, est palpable chez les intellectuels, qui nous disent qu’on va droit dans le mur et qu’il faut se prendre en main », remarque Bénédicte de Montlaur, conseillère culturelle à New York pour l’ambassade de France. D’où la « radicalité » de certaines interventions qui invitent à « entrer en résistance », fait-elle observer.

Alertes écologiques, mais aussi interpellations politiques. Car deux ans après l’élection de Donald Trump, aux Etats-Unis, et trois mois après celle de Jair Bolsonaro, au Brésil, les intellectuels sont encore sonnés. « Les leçons de l’histoire ne sont pas retenues, déplore l’écrivain Alberto Manguel, historien de la lecture d’origine argentine installé à New York. Avant, la catastrophe était terrible, mais ponctuelle. Aujourd’hui, l’humanité a un cancer généralisé et continue de fumer ou de manger n’importe quoi. » Pensée du déclin ou déclin de la pensée ? La question taraude l’écrivain. Car que peut la pensée à l’heure où « un essai compte moins qu’un Tweet de Trump » ?, se demande-t-il. On se souvient de la célèbre phrase du général de Gaulle lorsqu’il fut question d’arrêter Jean-Paul Sartre pendant la guerre d’Algérie : « On n’emprisonne pas Voltaire. » Mais « ce n’est plus la peine de mettre en prison Voltaire, car plus personne ne l’entend I », s’emporte Alberto Manguel.

Déroute idéologique
Un sentiment partagé par l’historienne Sophie Wahnich, qui enseigne à l’université de Princeton (New Jersey). « Le savoir n’a aucun effet sur la société », regrette-t-elle. Parce que les politiques ne lisent plus les sciences sociales et que « les chercheurs n’ont, pour la plupart, plus d’ambition transformatrice », poursuit la spécialiste de la Révolution française.Tout le savoir est disponible dans les prestigieuses universités, mais transformées en écrins éloignés de la réalité. De savantes analyses assorties de solutions concrètes sont régulièrement proposées au sein de nombreux rapports remis sur toutes sortes de sujets, mais qui sont aussitôt enterrés.

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